Feu vert pour le cannabis thérapeutique !

Feu vert pour le cannabis thérapeutique !

Le 19 juin 2019, le Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a présenté les conditions pour prescrire le cannabis thérapeutique. Dans un premier temps, il sera prescrit à titre expérimental et sera disponible en pharmacie à partir de 2020. L’expérimentation durera deux ans, sous réserve d’une validation par le ministère de la Santé, et dans un cadre très strict.

Le cannabis thérapeutique, autorisé pour cinq cas 

Pour rappel, l’ANSM avait créé ce Comité scientifique le 10 septembre 2018 afin d’évaluer la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France. Le 27 décembre 2018, elle a annoncé un avis favorable à son utilisation pour ces cinq indications. La France est ainsi désormais au même rang que 45 pays, dont 21 en Europe, comme les Pays-Bas, le Canada ou l’Israël. La plante de cannabis peut être prescrite à des fins thérapeutiques.

D’après l’annonce du Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) le 19 juin dernier, le cannabis thérapeutique sera autorisé pour cinq cas : soins de support en oncologie, formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes, douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies, douleurs provoquées par la sclérose en plaques ou autres pathologies du système nerveux central, et enfin situations palliatives et spastivité (contraction).

Il sera proposé sous plusieurs formes de médicaments utilisables et modes d’administration : solutions buvables, capsules d’huile et autres supports à diffusion lente pour les effets prolongés, spray ou liquide (formes inhalées, vaporisées de l’huile et des  fleurs séchées), pastilles ou gouttes (formes sublinguales) pour les effets à usage immédiat afin de traiter les douleurs. Comme annoncé en décembre 2018, le cannabis ne pourra donc pas être fumé (joints, bang, pipe) en raison des « risques pour la santé » liés à la combustion.

Pour le professeur Nicolas Authier, président du CSST, « C’est une proposition raisonnable, qui respecte l’exercice médical et le patient, et qui ne fait pas croire qu’on peut prescrire le cannabis thérapeutique de manière plus souple qu’on ne le ferait avec un médicament traditionnel ». Néanmoins, le comité pourrait envisager quelques ajustements, d’où un prochain débat prévu le 26 juin 2019 au cours d’une dernière audition prévue à l’ANSM. Le projet expérimental sera ensuite soumis pour validation finale à la ministre de la santé, Agnès Buzyn.

Un projet expérimental…

D’après les travaux de Nicolas Authier, entre 1 500 à 3 000 seront concernés par la prise de cannabis thérapeutique au cours de cette expérimentation. La prescription se fera toujours en dernière intention, quel que soit l’âge du patient « si le bénéfice est supposé favorable compte tenu de la sévérité du trouble ». Elle sera toutefois contre-indiquée chez la femme enceinte. Cette expérimentation devrait commencer début 2020, durant deux ans : le premier semestre 2020 sera consacré à sa mise en place, et le second semestre à l’inclusion des patients. Le premier semestre 2021 devrait ensuite être dédié au suivi des patients, tandis que le second semestre se concentrera sur à l’analyse des données ainsi qu’à la remise d’un rapport définitif par le CSST.

Par ailleurs, seuls les médecins spécialistes des cinq pathologies définies pourront prescrire le cannabis thérapeutique pour éviter qu’il ne soit détourné. Ils devront préalablement avoir suivi une formation sur des plateformes d’e-learning, exercer dans un centre ou des structures de références pluridisciplinaires et être volontaires. Pour éviter un usage « récréatif » du cannabis thérapeutique et obtenir une bonne adhésion des médecins, cette expérimentation sera donc très cadrée dès le départ. Ce n’est qu’une fois l’état de patient stable que le médecin spécialiste pourra passer le relais à son médecin traitant.

Les plantes, ou extraits de plantes, seront quant à elles importés étant donné que la France ne peut pas encore en produire. Auditionnés le 15 avril dernier, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Canada ou la Colombie seront les potentiels fournisseurs. Dans tous les cas, comme tous produits thérapeutiques, les plantes feront l’objet d’un contrôle très strict, notamment au niveau de la qualité, avec en ligne de mire ses deux principales molécules connues pour leurs vertus thérapeutiques : le THC et le CBD.

La France est-elle prête à accepter le cannabis « thérapeutique » ?

82%. C’est le taux de Français pour ce traitement d’après un sondage Ifop pour Echo citoyen et Terra Nova réalisé en juin 2018. A contrario, ce concept et l’expression même de «cannabis thérapeutique» ont beaucoup de mal à passer pour l’Académie de pharmacie : «Mélange végétal composé de 200 principes actifs différents, variables en quantités et en proportion en fonction des modalités de culture, de récolte, de conservation, n’étant ni dosé, ni contrôlé, le cannabis dit thérapeutique ne peut apporter les garanties d’un médicament.» Pour elle, prescrire cette plante est donc abusif et dangereux.  

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